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Deauville
Un pied à l’Étrier
Par Laurent Feneau | Actualité

À la tête de l'Étrier, Éric Provost se pique au jeu d'une cuisine de caractère sans concessions aucunes.

Avec son étonnante architecture 1900, l'hôtel Royal Barrière est l'un des plus beaux établissements de la côte Normande. Là, bat le cœur de Deauville au rythme des festivals et des pas des stars sur les planches. Passer la porte du palace, c'est ainsi retrouver l'histoire des célébrités venues y séjourner. Aux murs, les portraits de Clint Eastwood, d'Andy Mac Dowell ou de Susan Sarandon. À l'étage, les chambres portent le nom de Tony Curtis ou celui d'Élizabeth Taylor…
Au milieu de ces étoiles, il en est une brillant toute l'année quelles que soient les festivités du moment. C'est celle de l'Étrier, le restaurant étoilé du Royal Barrière et actuellement l'une des meilleures tables de la région. Son chef, Éric Provost, l'a décrochée en 2004 à la sueur de son front. Une étoile qui n'a rien de filante et vient récompenser une cuisine jouant avec virtuosité sur des saveurs inattendues et la fraîcheur des produits de la mer.

Flatter les palais en toutes langues
Avant de mettre le pied à l'Étrier, Eric travaille successivement aux côtés de Michel Rostang, Alain Senderens et Joël Robuchon. Chez ce dernier, il " apprend à ne rien laisser passer ; Joël était capable de voir ce qui n'allait pas dans une assiette sans même y avoir goûté ", se souvient-il. Cette même exigence, le chef décide de l'appliquer en cuisine dès son arrivée à Deauville en 1998. Objectif : " mettre en place une cuisine de caractère en s'éloignant de la gastronomie normande plutôt lisse ". Les pièges sont nombreux. Il s'agit d'éviter la facilité à laquelle peut pousser l'environnement prestigieux de ce genre d'endroit, en refusant, par exemple, de faire une cuisine de palace pour une clientèle captive. Rien de tout cela à l'Étrier où " on jongle volontiers avec tous les types de clients et toutes les nationalités, ce qui pousse à aller à l'essentiel ", confie Éric.
Résultat, une cuisine sans concession de nature à flatter tous les palais quelle que soit la langue du client… " Nous faisons avant tout la cuisine que nous avons envie de faire sans prendre en compte les attentes du convive ; cela est d'autant plus facile pour nous que la cuisine que nous proposons est parfaitement lisible, tant pour un Anglo-Saxon qu'un Français " ajoute-t-il.

Deux mots sur les ormeaux
L'ensemble de la carte va dans ce sens, à l'image du filet de bar aux algues suffisamment contrasté pour se mettre à la portée de toutes les papilles. Si celle-ci fait bien sûr honneur aux produits de la mer, le chef avoue un faible pour les viandes, " des produits plus vivants que les poissons et demandant davantage d'attention en cuisine tant au niveau des cuissons que du travail sur la coloration et les jus ". Mais comme pour se réconcilier avec lui-même, Éric pratique volontiers de subtiles alliances "terre-mer" qui ne sont pas sans rappeler celles d'Alain Passard. Son plat préféré du moment - les petits ormeaux du Cotentin au curry doux - s'inscrit dans cette tendance. " C'est un plat relativement abouti avec un bel équilibre entre les saveurs iodées des ormeaux et l'assise terrienne que permettent les petits légumes et le curry dont la fraîcheur sublime les coquillages ", analyse le chef.
Cette réconciliation terre-mer est d'autant plus parfaite qu'elle peut s'appuyer sur un accord mets/vins des plus travaillés. La cave du Royal Barrière fait en effet place aux plus grands noms sans oublier les petits domaines militant pour un vin libéré des carcans œnologiques et chimiques. À la fois discret et présent, le sommelier de l'Étrier porte la bonne parole et le bon flacon. Sur ce point, Éric n'hésite pas à déléguer. " Les sommeliers connaissent de mieux en mieux leur métier et je pense que le client peut et doit se laisser guider afin de mieux se concentrer sur son assiette ".

Tout à fait d'accord… Surtout lorsque prennent place dans l'assiette en question un sorbet poivron rouge et une crème glacée pistache, le tout accompagné d'un croquant aux sésames noir et blanc !
Élégance propre aux lieux oblige, le chef et son équipe limitent volontairement les explications sur leur créations. " Il s'agit de laisser le client seul avec son plaisir ", explique Éric. Encore un parti pris respectable et une autre manière de s'engager sur l'essentiel. Le chef compte d'ailleurs pousser la logique de la démarche jusqu'au bout. " Pour nous, il s'agit de rebondir et d'aller de l'avant. Cela passe par davantage de technique, tant dans les cuissons que dans la mis en œuvre des produits, le tout au service d'une cuisine toujours plus épurée ".
Aller de l'avant. Un peu plus près des étoiles. Et puis passer la seconde.

Lucien Barrière, une histoire de famille
François André, jeune Ardéchois " monté " à Paris, fonde en 1918 le Cercle Haussmann, avant de prendre la direction des casinos d'Ostende puis de Deauville. Précurseur du tourisme et de l'hôtellerie moderne, il développe son groupe à Deauville puis la Baule, le Touquet, Cannes, Aix les Bains, Antibes et Juan-les-Pins. Son neveu, Lucien Barrière, lui succède en 1962 et inaugure de nouveaux établissements partout en France. En 1990, Diane Barrière-Desseigne relaye son père à la Présidence du Groupe et initie de fabuleux projets de rénovations. Un nouveau style naît, fruit de sa collaboration avec Jacques Garcia : une décoration faite de charme, de chaleur, d'intimité et de luxe. Victime en 1995 d'un très grave accident d'avion, elle cède alors la place à Dominique Desseigne son mari.

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