Jean Sulpice
Val-Thorens, 2300 mètres de gourmandise…
Par Laurent Feneau
Pas facile d'installer une grande table dans la plus haute station de ski d'Europe
! À cette altitude (2300 mètres) les poissons et les viandes se
dessèchent deux à trois fois plus vite, le pain devient dur en
quelques heures
Sans parler des vins, qui ne vieillissent pas de la même
façon. De quoi perdre ses repères, même lorsqu'on est tombé
dans la marmite tout petit et que l'on a fait ses armes chez Marc Veyrat.
C'est en effet à 16 ans que Jean Sulpice pousse la porte des cuisines
du chef au chapeau noir. Élevé aux jus émulsionnés,
aux mousses siphonnées et aux infusions de plantes sauvages, il secondera
le cuisinier étoilé pendant trois ans. Après quelques détours
très inspirés - Klein à Baerenthal, Patrick Jeffroy à
Carantec ou encore Pierre Gagnaire à Paris - le jeune chef prend en 2002
les commandes de L'Oxalys à Val-Thorens.
Toujours plus haut !
" Ici, on est loin de tout et on peut vraiment se laisser influencer par
les saisons, porter par le parfum des alpages ou la nage d'une perche sauvage
dans un lac ", explique Jean dans son écrin de bois avec vue plongeante
sur la vallée. Temps entre parenthèse et espaces XXL aidant, le
cuisinier des cimes épie, observe et surtout écoute une nature
qui lui dicte la conduite à tenir. La pièce maîtresse de
son service de table est le tavaillon, une planchette de bois utilisée
en Savoie pour recouvrir les toits des chalets traditionnels. Sur ce support
local, il marie café et asperge, pomme de terre et réglisse ou
encore foie gras et Chartreuse. Sans jamais oublier de revisiter quelques standards
du terroir savoyard.
Dans l'assiette, Jean cherche en effet avant tout l'évidence. Celle,
par exemple, d'une fine galette de polenta simplement associée à
quelques panais, carottes et artichauts triés sur le volet. Pas de piste
noire compliquée donc mais plutôt un fil rouge : le végétal
en général et les légumes en particulier. " Je suis
toujours à la recherche d'une certaine fraîcheur dans l'assiette.
En hiver, celle-ci peut prendre la forme d'une purée de noisette ou de
quelques salsifis juste accompagnés de gingembre ", poursuit le
jeune homme des neiges.
Bref, Jean Sulpice élève lentement mais sûrement L'Oxalys vers les sommets de la gastronomie. Même si l'établissement tutoie déjà les étoiles, le chef ne s'accorde aucun répit. " La cuisine, je vis, m'endors et me réveille avec ", conclut-il. Son rêve ? Un chalet restaurant - ou l'inverse ! - perdu au milieu d'une forêt de mélèzes, au plus près de la montagne et de la nature. Un concept durablement délicieux en somme.
RESTAURANT L'OXALYS
Résidence l'Oxalys
73440 Val Thorens
www.restaurant-loxalys.fr