Gérard Vié
Un grand chef en Vié
Par Laurent Feneau
Du haut de ses "Trois Marches", restaurant triplement
étoilé et situé au cur même du Trianon Palace
à deux pas du château de Versailles, Gérard Vié élève
la gastronomie française au rang d'art.
Lorsque Gérard Vié ouvre en 1991 "Les Trois Marches"
au Trianon Palace à Versailles, il ne quitte pas seulement le restaurant
- de taille plus modeste - du même nom déjà situé
près du château, mais laisse également derrière lui
pas moins de 7 restaurants en France, 2 aux Etats-Unis et un autre aux Bermudes
Depuis, chaque année qui passe semble conforter le choix radical du Chef
qui aujourd'hui semble presque avoir fait de ce magnifique hôtel historique
5 étoiles sa résidence principale. Et quoi de plus naturel que
le château du Roi Soleil, situé à 50 mètres du Palace,
pour ce grand cuisinier qui, comme les murs qui l'entourent, marie si bien les
notes les plus classiques aux fantaisies les plus subtiles ? Une géniale
insolence en somme qui lui permet de mettre en uvre les mélanges
les plus hardis comme, par exemple, ces langoustines en crépinette de
pieds de porc mijotés
Ainsi, si Gérard Vié a fait ses armes dans de grandes maisons
classiques - Lapérouse, Lucas-Carton et le Plazza entre autres - il revendique
avant tout une approche contemporaine de la gastronomie. " J'ai toujours
eu la toque entre deux chaises ", déclare-t-il avec bonne humeur.
Du Sud-Ouest à l'Ouest parisien
Entre deux chaises certes, une position qu'il connaît d'ailleurs dès
son enfance, tout partagé qu'il est entre deux cuisinières hors
pair : sa mère et sa tante. Le petit Gérard passe en effet la
plupart de ses vacances dans l'Aude où il grandit " entouré
de femmes qui passent des heures à faire la cuisine ". Pétries
des goûts et des traditions culinaires de la région, sa mère
et sa tante lui apprennent très tôt le plus beau des pêchés
: la gourmandise. À l'âge de 13 ans, à l'occasion de sa
première communion, le futur chef cuisinier déguste avec amour
son premier perdreau rôti. Quatre ans auparavant, il s'était déjà
pâmé pour un filet de buf Henri IV
Un plat royal semblant
déjà annoncer son ascension aux cuisines de Versailles !
De cette cuisine familiale du Sud-Ouest, Gérard Vié a conservé
le respect absolu des saisons et le plaisir de travailler de beaux produits.
Ce dernier n'hésite d'ailleurs pas à se mettre au service du produit
" à partir du moment où celui-ci est exceptionnel ",
précise-t-il. Et d'ajouter : " j'ai un réseau de fournisseurs
que je pratique depuis très longtemps. Je fais, par exemple, venir mon
porc de Saint-Yriex où on élève les meilleurs cochons de
France tandis que mes agneaux viennent de l'Aveyron où les éleveurs
sont réputés pour bichonner leurs bêtes ". Ce réseau,
principalement provincial, s'étend parfois jusqu'à l'étranger.
Le chef, particulièrement amateur de légumes, n'hésite
pas parfois à faire venir certains produits d'Espagne ou d'Italie. C'est
le cas de ses tomates qu'il achète 40 euros le kilo en Sicile
Un bon produit associé à un excellent cuisinier : des conditions
nécessaires, mais pas forcément suffisantes car si la toque versaillaise
est un chercheur inlassable de nouvelles textures et de saveurs inédites,
il lui arrive néanmoins de connaître l'angoisse de l'assiette blanche.
Accueil étoilé
Gérad Vié est effectivement un cérébral. "
Quand je pense à un plat, j'ai déjà la certitude du goût
qu'il va avoir et bien sûr je suis généralement déçu,
ce qui n'est pas sans poser problème ", confie-t-il. Heureusement,
le chef réunit autour de lui une équipe soudée - forte
de trente personnes - qui parvient à allier la bonne humeur à
l'extrême rigueur dans le travail. Résultat, " quand j'ai
un "blanc", je n'hésite pas à déléguer
car ce que l'on ne parvient pas à faire seul est généralement
tout à fait réalisable en groupe ", explique-t-il.
Bon vivant et de nature généreuse, l'homme accorde fort logiquement
une importance première à l'accueil de ses convives. Quand il
s'agit de décrire l'ambiance régnant aux Trois Marches, il préfère
d'ailleurs parler de "conviviabilité" plutôt que de convivialité.
" L'accueil c'est bien sûr tout d'abord saluer chacun des clients
qui arrivent, même si certain ne répondent pas toujours et c'est
finalement conserver les gestes essentiels et traditionnels qui participent
de la façon dont on doit recevoir dans un établissement étoilé
; cela passe aussi par certains beaux objets comme les meubles destinés
à recevoir les sacs des dames ", ajoute notre interlocuteur. Et
force est de reconnaître que Gérard Vié a une certaine expérience
dans le domaine, voire même un sens inné du protocole. N'est-ce
pas lui qui, en 1989, organisait le repas des 37 chefs d'États au musée
d'Orsay à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française
" L'un de mes plus beaux souvenirs en cuisine ", confie-t-il. La clientèle
des Trois Marches est donc bien soignée. La preuve en est que celle-ci
est avant tout constituée de fidèles de la part desquels "
je n'ai jamais eu de retour négatif ", constate le maître
des lieux. Et pourtant, le chef n'a de cesse de repousser toujours plus loin
les frontières de ses expériences culinaires. Pour s'en convaincre
il suffit de goûter le homard bleu aux pommes de terre et le raviole de
céleri rave avec sa purée de champignons, truffes et foie gras
de canard ou encore la pièce de "cul noir de Saint-Yriex au citron
vert et oignons confit. Bref, la cuisine de Gérard Vié est à
son image : rigoureuse et insolente, solide et fantaisiste, mais toujours raffinée.Esthète
et collectionneur d'art, le chef compose ses assiettes avec la précision
d'un artiste. Pour cet amateur de peinture et d'opéra, " la cuisine
est indéniablement une forme d'art ; une assiette est comme un tableau
où chaque ingrédient et chaque couleur participent d'un équilibre.
La principale difficulté est que cette forme d'expression artistique
doit être comprise et acceptée par le convive ", explique-t-il.
Un critique gastronomique a dit un jour de Gérard Vié qu'"
il ne se résignait qu'au bonheur "
Un portrait que l'intéressé
cautionne " tant une telle attitude est nécessaire si l'on considère
la fragilité inhérente à notre métier " déclare-t-il.
Et de conclure " chaque jour, nous remettons tout en question et nous ne
sommes jamais à l'abri d'une erreur ". Si l'erreur est humaine,
la cuisine du chef versaillais elle, est tout simplement royale.
Portrait chinois
" Si vous étiez
"
- Une qualité : la tolérance
- Un défaut : une générosité excessive
- Un animal : le chien
- Un pays : la France
- Une musique : un opéra de Puccini
- Un livre : " La légende de Jimmy " de Didier Van Cauwelaert
- Une femme célèbre : Marie Curie
- Un plat : la côte de buf
- Un vin : les vins blancs, surtout le Chardonnay
LE POTAGER DU ROY
1, rue du Maréchal Joffre
78000 Versailles
Tél. : 01 45 72 07 14
Fax : 01 30 21 69 30