Olympe Versini
Olympe au sommet
Par Laurent Feneau
Première femme chef à accéder au rang
de star il y a une trentaine d'année, Olympe Versini tourne aujourd'hui
le dos aux honneurs pour mieux apprécier le sourire de ses convives.
Après les années de gloire, les années de bonheur.
Olympe Versini est la plus jeune femme chef dans les années 70. Très
vite "étoilée" - en 1980 - et tout aussi rapidement
médiatisée, elle décide pourtant un jour de tout arrêter.
" J'ai quitté mon restaurant du 15ème arrondissement de Paris
en 1988 car je souhaitais expérimenter d'autres choses. Je ne voulais
surtout plus avoir d'associés ni de banquier sur le dos
J'ai fait
en quelque sorte le choix de la tranquillité ", confie t-elle. Ici
commence l'histoire de la nouvelle Olympe. Une belle histoire qui est avant
tout celle d'une rencontre toute aussi inattendue qu'improbable entre une "fée"
de la gastronomie à la recherche d'un nouveau logis pour ses fourneaux
et un lieu chargé de magie et d'histoires. En 1993, après avoir
été conseillère culinaire durant trois années, Olympe
Versini entend parler d'un emplacement libre au 48, rue Saint-georges. Adresse
ô combien célèbre où durant une cinquantaine d'année
et jusqu'à l'âge de 84 ans, la non moins célèbre
Maria Miguel a servi ses "fameux" repas à cinq francs. "
Quelqu'un m'avait raconté l'histoire de la Casa Miguel et de cette femme
incroyable qui, après avoir fuit l'Espagne Franquiste, avait ouvert son
restaurant dans le 9ème arrondissement. Je voulais voir l'endroit, j'ai
regardé par la fenêtre. C'était incroyable, ces petites
tables de bistro, ces nappes à fleurs avec des verres Duralex posés
dessus
J'ai immédiatement été prise de passion pour
ce lieu et ce coup de foudre m'a permis de couper définitivement les
ponts avec la haute gastronomie ", se souvient t-elle.
Tendance Sud
Et pourtant la cuisine d'Olympe Versini a encore à voir avec la haute
gastronomie, même si celle-ci, il est vrai, est aujourd'hui davantage
marquée par la générosité naturelle de son auteure.
Les plats proposés à la carte de la "Casa Olympe" sont
effectivement faits de voyages, de goûts et de saveurs du Sud, toujours
apparentés à la cuisine méridionale. " Ma mère
tenait une auberge dans le midi de la France dans laquelle j'aimais traîner
lorsque j'étais enfant. J'utilise donc peu la crème et le cidre,
mais plutôt naturellement l'huile d'olive
", explique la propriétaire
des lieux. Du velouté de potiron au foie gras, aux raviolis de langoustines
en passant par le fameux croustillant de boudin servi sur lit de mesclun, la
chef avoue se situer dans une ligne mettant en avant le produit pour lui-même,
parfois avec des préparations très simples et confie " être
particulièrement à l'aise dans l'improvisation ". Et celle-ci
d'ajouter " ce qui est important c'est que le produit soit bon. Qu'il s'agisse
de viande ou de poisson, il faut avant tout que sa qualité m'inspire
". Olympe Versini déclare ainsi très modestement faire sa
cuisine avec les produits du moment. Elle se rend à Rungis une fois par
semaine pour la triperie, la volaille, les légumes et les fruits. Elle
aime y puiser des idées de recettes et découvrir les produits
au fil des saisons.
Cette femme de caractère, native de Corse, se défend pourtant
de faire une cuisine "féminine". Selon elle, le même
plat sera réalisé de la même façon par une femme
et par un homme. " La distinction des sexes en cuisine n'a pas de sens,
j'en veux pour preuve que certaines femmes chefs ont bien souvent des hommes
comme seconds
", s'emporte t-elle. Une position bien tranchée
qui ne l'empêche pas de soutenir ardemment cette nouvelle génération
de femmes chefs emmenée par Hélène Darroze et Anne-Sophie
Pic : " C'est un phénomène entièrement nouveau ; à
l'époque à laquelle où j'ai commencé, je n'étais
entouré que de femmes beaucoup plus âgées que moi, comme
la Mère Brazier, par exemple. En Italie, il y déjà a quatre
femmes chefs triplement étoilées. En France, nous sommes un peu
en retard mais, le talent d'Hélène Darroze et d'Anne-Sophie Pic
, aujourd'hui reconnu car "étoilé", devrait désormais
permettre aux femmes chefs de bénéficier de davantage de reconnaissance
".
Un peu plus loin des étoiles
Olympe Versini elle, n'a jamais couru après les étoiles. "
J'ai eu une étoile sans la chercher et cela n'a jamais influencé
ma cuisine. Je respecte toutefois l'institution car certains cuisiniers ont
besoin de ce système pour se dépasser, mais ce qui compte avant
tout pour moi, c'est la satisfaction du client ", confie t-elle. Un client
avec lequel cette femme chef, timide et réservée, déclare
ne pas avoir forcément le contact facile. " J'ai, relationnellement
parlant, beaucoup de mal en salle, c'est peut-être pour cela que je suis
chef en cuisine ", plaisante t-elle. Et pourtant, le service en salle peut
parfois réserver de bonnes surprises
Comme en 1981, quand la jeune
chef, nouvellement étoilée, sort de sa cuisine et se retrouve
face à face avec
Orson Welles. " Il était venu dîner
seul et quand je l'ai vu entrer dans mon établissement, c'est comme si
tout d'un coup toute l'histoire du cinéma entrait au même moment
dans mon restaurant ", raconte cette férue de cuisine mais également
de septième art. Car Olympe Versini a une vie bien remplie lorsqu'elle
n'est pas derrière ses fourneaux. La lecture est un de ses loisirs préférés.
Elle dévore avec avidité biographies, essais et romans classiques,
" mais jamais de livres de cuisine
", s'empresse t-elle de préciser.
La chef troque également volontiers fouet et casserole pour pinceau et
toile, un hobby qu'elle tient de sa mère dont les toiles décorent
avec goût la charmante "Casa Olympe". Pour l'avenir, les projets
de la nouvelle Olympe sont on ne peut plus simples : " continuer à
profiter de cette liberté retrouvée pour peindre et voyager car
lorsque je ne suis pas au restaurant, je peux compter sur un très bon
second ". Son prénom ? Miguel
Portrait chinois
" Si vous étiez
"
- Une qualité : la droiture
- Un défaut : la gourmandise
- Un animal : le serpent
- Un pays : la Corse
- Une musique : un opéra de Verdi ou de Puccini
- Un film : " Autant en emporte le vent "
- Un livre : " Les trois mousquetaires "
- Un homme célèbre : François 1er
- Un plat : des pâtes
- Un vin : un vin d'Arbois
CASA OLYMPE
48, rue Saint-Georges
75009 Paris
Tél. : 01 42 85 26 01
Fax : 01 45 26 49 33