David Zuddas
Des envies et plus encore…
Par Laurent Feneau
Avec sa forte personnalité, David Zuddas clame haut et fort sa différence en choisissant de fermer les portes de son auberge étoilée pour se concentrer vers de nouvelles aventures et de nouvelles ouvertures. L'objectif ? Inventer le restaurant de demain et ouvrir dès aujourd'hui sa table à un plus grand nombre.
David Zuddas est l'archétype de la liberté en cuisine. Celle
qui consiste, après avoir porté à bout de bras durant quatorze
années un établissement étoilé, à tout envoyer
valdinguer - presque sur un coup de tête - pour suivre ses envies : ouvrir
un bistrot contemporain au cur même de Dijon. Déjà
fait, déjà vu ? Peu importe. Sa liberté, il la revendique
et la signe à la pointe du couteau ! L'enfant terrible de la jeune cuisine
appose ses initiales sur l'enseigne même de son nouveau jouet : "
DZ'Envies c'est moi ! ". Autrement dit une cantine chic sans prise de tête
où l'on déguste des plats inventifs au fil d'une carte courte
- 3 entrées, 3 plats et 3 desserts - et d'un menu unique au dîner
autour de 5 ou 6 suggestions sans oublier la surprise pour ceux qui choisissent
la formule en 6 propositions
D'aucuns se risquent déjà à
dire ou à écrire qu'avec la fermeture de l'Auberge de La Charme,
le chef tourne la page de la gastronomie. Foudres de David ! " Le propos,
n'est pas la gastronomie - on s'en fout ! - mais le plaisir. Celui de suivre
ses envies à un moment donné. Peut importe que ce soit de la grande
cuisine ou pas ? D'ailleurs, qu'est-ce que la grande cuisine ? ".
Ses preuves, David Zuddas les a déjà faites. Expérience
de La Charme à l'appui, il a effectivement démontré qu'il
était possible de mener à bien son affaire selon des convictions
toutes personnelles. L'enjeu est désormais ailleurs. Dans l'irrépressible
besoin d'aller au bout d'une aventure et si possible " de se faire peur
". " Ici, on a doublé le nombre de couverts avec la même
brigade. C'est un vrai challenge et cela pousse forcément à réfléchir
un peu plus à ce que l'on fait ". Le prix de la liberté ?
Peut-être, mais en attendant, le besoin de mouvement est contagieux chez
celui qui ne connaît pour train-train que celui de l'Orient Express sur
lequel il a travaillé deux ans durant.
Tonton David
" J'ai annoncé clairement la couleur à mon équipe
en venant ici. Je ne voulais plus d'une course aux étoiles, mais simplement
continuer à me marrer en cuisine ". Résultat, les sept de
La Charme sont là, fidèles au poste. Un peu mercenaires, mais
surtout samouraïs, ils mettent aujourd'hui les bouchées doubles.
Si Fabrice Dameron, associé aux " zenvies " de David, pilote
la salle, Mister Zuddas reste la tour de contrôle infatigable de ce nouveau
tarmac culinaire depuis lequel on s'envole tantôt pour l'Amérique
du Sud, tantôt pour l'Asie, voire pour le Maghreb. Quelle que soit la
destination, l'escale au Japon est quasiment obligatoire. " La culture
asiatique et plus particulièrement celle du Japon m'interpelle, mais
c'est une sensibilité plus qu'une influence. Cela dépasse d'ailleurs
le seul domaine de la cuisine ". Absolue maîtrise des cuissons, respect
des textures et des saisons, David fait partie de ces quelques chefs qui sont
parvenus à apprivoiser l'archipel nippon. En évitant les copier-coller,
les sentiers battus et rabattus des modes ainsi que les avatars de l'intégrisme
culinaire japonais.
Ici, pas de sacralisation du produit ni de culte du cru. Ouvert aux idées
nouvelles et d'une curiosité insatiable, le chef est en recherche permanente
de nouvelles associations de goûts. La démarche - à l'image
de son auteur - est intègre, entière et vécue comme un
engagement total.
Du contenant et du contenu
Pour David, " la cuisine, c'est une question de rapport aux autres et d'honnêteté
avec soi-même. Ni le fond, ni la forme ne doivent mentir ". On retrouve
donc fort logiquement ce précepte dans la plupart des réalisations
" zudassiennes " pour lesquelles le contenant déclenche le
contenu et réciproquement. La tortilla de homard et de crevettes est
dans ce sens un modèle d'exigence. Crustacés et légumes
de saison s'enlacent et s'entrelacent dans un dialogue intime de saveurs à
peine ponctué d'une touche pimentée. Une approche latine mais
une finalisation typiquement hexagonale dans la manière dont les produits
se répondent sans jamais se dénaturer.
Bref, une technique jamais gratuite, mais toujours bienvenue. Autrement dit,
" le plaisir de transformer la matière brute, d'y mettre tout son
cur et son savoir-faire pour élaborer un produit de qualité
et le faire partager ". La magie DZ'Envies en somme
Des envies oui,
mais surtout des projets ! Comme Jacques et Laurent Pourcel pour lesquels il
a travaillé à la Maison Blanche à Paris, David aime multiplier
les projets, ouvrir le champ des possibles et celui des aventures. Sans oublier
celui des ouvertures : une brasserie près de la gare ces prochains jours,
un restaurant d'inspiration méditerranéenne dans les nouveaux
quartiers de Dijon au printemps 2009
La liste est longue. Comme le sont
les journées de ce Dijonnais hyperactif qui parallèlement poursuit
son activité de consulting pour plusieurs établissements bourguignons.
Sans oublier la casquette de président de Génération.C*
" Oui et en plus il y a le Pleyel à Paris où je me rends
une fois par semaine en tant que chef invité, plus le laboratoire que
je vais bientôt ouvrir pour mes recherches et un livre qui sortira en
2009 ! ", ajoute un peu gouailleur le chef tout sourire. Certes, c'est
beaucoup pour un seul homme, mais il n'en faut pas moins pour mettre en place
de nouveaux modèles, de nouvelles références capables de
faire bouger voire avancer la cuisine. Car tel est bien le propos. " Le
modèle qui a été mis en place dans les années cinquante
avec ces nombreuses références aux guides culinaires est en train
de mourir. Notre métier d'aujourd'hui n'est plus tout à fait celui
d'hier, les gens veulent qu'on leur propose une nouvelle façon d'aller
au restaurant sans forcément passer par la case étoilée.
A nous de relever le défi sans perdre notre âme et de faire en
sorte que nos établissements restent accessibles au plus grand nombre
". Alors Zuddas for president ? " Moi, je suis cuisinier et commerçant,
ni plus ni moins, et surtout pas le bon Dieu ", conclut David.
* Génération.C est un collectif réunissant nombre de chefs français - parmi lesquels Thierry Marx et Flora Mikula -, dont l'objectif est d'inscrire la cuisine française dans une démarche évolutive et contemporaine.
DZ'ENVIES
12 rue Odebert
21000 Dijon
www.dzenvies.com